Démarche

En réponse à une rationalité excessive, à une morosité ambiante ou encore au simple fait de se sentir si impuissant dans l’univers, la pratique artistique de Mariane Tremblay s’inscrit dans une volonté de transfigurer le réel et d’émerveiller l’autre. Chercher à réenchanter le monde appelle la présence d’une impression opposée de désenchantement, comme conséquence de la modernité marquée par le déclin du caractère magique attribué aux phénomènes d’ordre surnaturel, mystique ou divin au profit de la science. Oscillant entre les deux pôles du contemplatif et du rationnel, son approche propose une expérience qui remue notre sensibilité tout en s’adressant à l’intellect.

Dans ses recherches, le temps revêt différentes formes qui posent parallèlement une réflexion sur la désuétude d’objets, de techniques et de rites d’une autre époque qui signalent un décalage avec l’aujourd’hui. Ce qui est affecté par le temps sert ainsi de matière première à un acte d’immortalisation de ce qui est destiné à devenir souvenir. Soumise à l’étrangeté fabuleuse des variations de la perception mises en exergue par sa défectuosité oculaire, elle observe encore et encore, elle est témoin d’un « plus beau que la réalité », parfois même d’un « plus laid que la vérité ». Avec un intérêt grandissant pour ce qui dépasse l’humain, les œuvres qui en découlent explorent et captent petits et grands phénomènes du monde pour en restituer une poésie nouvelle par une vaste gamme de procédés techniques et de matériaux significatifs et symboliques.

D’un processus faisant émerger certains concepts antinomiques (merveilleux/ordinaire, apparition/disparition, réel/illusion, éphémère/ pérennité, beauté/tragédie, mystique/profane, vie/mort, matérialité/virtualité, etc.) aboutissent des corpus d’œuvres protéiformes investiguant une esthétique de la rareté. Celles-ci se répondent comme des clins d’œil qui activent des associations implicites et surprenantes entre les thèmes abordés et les matières utilisées.