Démarche

 

« Quoique l’attente soit la conscience même, au point qu’on ne puisse donc se dispenser d’attendre, presque tout pourtant serait surprise à qui, attendant toujours, cependant ne s’attendait à rien. »

Nicolas GRIMALDI (1998)
Bref traité du désenchantement

En réponse à une rationalité excessive, à une morosité ambiante ou encore au simple fait de se sentir si impuissant dans l’univers, la pratique artistique de Mariane Tremblay s’inscrit dans une volonté de transfigurer le réel et d’émerveiller. Chercher à réenchanter le monde appelle la présence d’une impression opposée de désenchantement, comme conséquence de la modernité marquée par le déclin du caractère magique attribué aux phénomènes d’ordre surnaturel, mystique ou divin au profit de la science. Oscillant entre les deux pôles du contemplatif et du rationnel, son approche adopte la sérendipité comme méthode de recherche et propose une expérience qui touche notre sensibilité tout en s’adressant à l’intellect.

Avec un intérêt grandissant pour ce qui dépasse l’entendement, les œuvres découlant de ses recherches explorent et captent petits et grands phénomènes du monde, latents ou évidents, pour en constituer une poésie nouvelle. Portant une valeur personnelle envers son sens de la vue naturellement imparfait, Mariane Tremblay est sensible à l’étrangeté fabuleuse des variations de la perception. Son questionnement vise aussi invariablement les effets du temps et ses différentes formes, autant au niveau du faire que du sujet. Ce qui est prédestiné à devenir souvenir, tomber dans l’oubli ou perdurer devient autant de matières premières à un acte d’immortalisation par l’art.

D’un processus faisant émerger des concepts antinomiques, où l’un fait exister l’autre, aboutissent des corpus d’œuvres protéiformes investiguant une esthétique de la rareté, de l’unique. Constituées par une vaste gamme de procédés techniques et de matériaux significatifs, celles-ci créent un réseau de liens symboliques et se répondent entre-elles, comme des clins d’œil.